08/01/2007

Live And Let Die: la polémique

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Lorsque Roger Moore endossa le smoking de l'espion le moins secret de Sa Majesté, toute l'attention se porta naturellement sur sa personne. Les feux des projecteurs se braquèrent bien moins sur ses collègues. Fort logiquement, finalement.

Plus de trente trois ans après la sortie de "Live And Let Die", Yaphet Kotto - Mr. Big et Dr. Kananga -  vient de monter au créneau pour dénoncer le peu de cas qu'il a été fait de sa personne lors du tournage et lors de la promotion du film: "C'était la première fois qu'un Afro-Américain endossait le rôle d'un méchant bien élevé dans un film d'une telle envergure et les producteurs étaient inquiets quant à l'effet que cela pouvait avoir sur le public".

L'acteur déclare en outre n'avoir jamais éprouvé la moindre nervosité même s'il fut conscient de l'importance que son rôle dans un James Bond pouvait avoir pour les Afro-Américains.

Une nervosité que Roger Moore avoue avoir ressentie pour ses premiers pas dans la série, comme il l'écrit dans son "Diary", sorte de journal de bord du tournage, truffé d'anecdotes sur les coulisses du film.

"Je n'ai pas vraiment fait attention à Roger Moore", affirme Yaphet Kotto, "Je ne me concentrais que sur mon propre rôle et ce que j'avais à faire".  Et lorsqu'on lui demande comment il juge "Live And Let Die", Kotto rétorque: "Quand on me parle de James Bond, c'est le nom de Sean Connery qui me vient à l'esprit. Mon film préféré est d'ailleurs 'From Russia With Love'. Le combat dans le train est le plus réaliste que j'ai jamais vu. Pour moi, Sean Connery sera toujours James Bond".

Ignoré par la Production

Yaphet Kotto accuse la Production de ne pas l'avoir associé à la promotion ni au succès du film. "Le Times Magazine et Newsweek interviewaient tous les autres membres de l'équipe, sauf moi. J'ai été trouver Harry Saltzman en lui demandant pourquoi je n'avais pas été inclus et il m'a répondu qu'ils étaient réticents vu qu'il n'y avait jamais eu de noirs qui avaient incarné un rôle de vilain. Donc, ils ont jugé bon de me laisser de côté. Je n'ai même pas pu assister à la première. J'étais dans un bar, à Harlem, non loin de là et j'aurais voulu être des leurs. Je n'aurais jamais pensé qu'ils auraient pu avoir une attitude raciste en ne mettant pas mon personnage en avant. On ne voit d'ailleurs pas beaucoup Mr. Big comparé à Goldfinger, Dr. No ou Jaws".

En conflit avec Roger Moore ?

Interrogé sur Roger Moore, Yaphet Kotto a déclaré n'avoir rien à dire sur lui. A la question de savoir comment interpréter cette absence volontaire de commentaire, Kotto déclare: "Interprétez cela comme bon vous le semble. Il a écrit dans son livre (son journal de bord) que j'avais un ego surdimensionné. De quoi parle ce type ? Quel est son problème ? Je prends mon métier à coeur et je fais le boulot. Je n'ai pas eu de contact avec lui ".

Amer, Kotto ajoute: "J'avais un sacré poids sur les épaules. A l'écran, je ne me représentais pas seulement moi, mais toute une race. Et à côté de cela, je représentais un pays. J'étais poli, courtois, même quand on m'a dit que je devais aller en Angleterre, car l'Angleterre est bien meilleure terre pour les Noirs ...".

Dans le livre de Roger Moore ...

Tout autre son de cloche dans le journal de bord que Roger Moore a tenu puis publié. A la page 141, Roger Moore évoque Kotto: "Lorsque Yaphet Kotto est arrivé à la Nouvelle-Orléans et a effectué le salut Black Power, nombreux furent ceux qui ont pensé qu'il avait le melon. Dans une industrie cinématographique dominée par les Blancs, peut-être pensait-il devoir s'affirmer davantage ? En ce qui me concerne, il n'a pas besoin d'avoir un ego plus développé qu'un autre, car il a de réelles capacités d'acteur tout en puissance et en profondeur". Plus loin, à la même page de son journal de bord, Roger Moore évoque encore Kotto en des termes élogieux lors d'une de leurs scènes.

Un surprenant malentendu

Il semble que les propos que Roger Moore a tenu dans son ouvrage aient été très mal répercutés aux oreilles de Yaphet Kotto. Lui-même avoue: "Je n'ai pas lu ces propos dans le livre de Roger Moore, mais c'est l'une de mes secrétaires qui m'a dit qu'il avait écrit que j'avais un ego surdimensionné".

Ne pas avoir convié Kotto à l'avant-première du film semble - si cela s'avère correct - une erreur de la Production. Quant aux propos de Yaphet Kotto, il aurait été judicieux qu'il s'informe lui-même de ceux qui figurent exactement dans l'ouvrage de Roger Moore qui, en réalité, dit exactement ... le contraire de ce qu'il lui reproche.  

Écrit par Marie-France Vienne | Lien permanent | Commentaires (1) |

Commentaires

Ca peut parfois dégénérer en une véritable catastrophe quand des mots, des phrases ou des propos sont mal compris ou mal interprétés. Ca peut arriver à tout le monde & c’est bien triste :-(
Merci en tout cas pour cet article très bien documenté et très intéressant. Comme quoi Histoire & Cinéma font toujours très bon ménage.

Écrit par : TOM | 08/01/2007

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